Traiter de la démocratie dans l’économie au niveau régional, dans le cadre du dépassement du capitalisme, relève d’un véritable défi. Avec deux écueils :

- celui de donner à penser que la transformation de la société passe par la seule conquête du pouvoir politique dans les régions, sans tenir compte des champs de compétence imposés ;

- celui d’en rester à ses seules compétences pour aménager, gérer les situations, moyennant quelques inflexions de gauche. Je fais plutôt le pari de faire mesurer que des dispositions de nature régionale peuvent et doivent contribuer à participer des changements nécessaires pour la vie quotidienne des citoyens, des salariés et donner à voir sur l’exigence de transformations plus radicales à l’échelle de la société, particulièrement : sur une autre utilisation de l’argent public ; pour l’élaboration de nouveau indicateur autres que le seul PIB ; pour l’émergence de nouveaux services publics propres à faire que la formation ne soit plus une marchandise ; pour un traitement de l’emploi et activités économiques, plus en correspondance avec des logiques impératives de développement durable, soutenable. A un moment où l’élection européenne a montré la recherche citoyenne de vraies offres politiques, d’où l’émergence de quelques votes significatifs et aussi de l’abstention du fait de non appréciée, cela doit nous obliger à apprécier les limites de l’exercice qui font que les régions de gauche ont certes, un bilan plutôt intéressant, mais que dans certains domaines, ce sont de véritables ruptures qu’il faut opérer, notamment, en matière de démocratie qui ne peut se résumer à un peu plus et un peu mieux de démocratie participative. Dans ce domaine, c’est une véritable révolution démocratique qu’il nous faut faire ! Les ruptures à opérer ne se régleront pas dans un tête à tête, entre les tenants du pouvoir régional et les tenants du pouvoir central. Si l’on ne fait pas ce qu’il faut, en période de crise, de très grandes difficultés et quel que soit le bilan, peut émerger l’idée que, tout compte fait, mieux vaut concentrer les pouvoirs entre les mêmes mains. Sarkozy est aux manettes. Il dirige et manage face à une gauche en grand déficit sur l’offre politique pour des réponses innovantes et des nouvelles pratiques sociales et politiques, il peut avoir des beaux jours devant lui, paradoxalement à un moment où la crise fait la preuve d’un système à bout de souffle. Justement, parce celle-ci engendre des mécanismes de crise globale : financiers, économiques, environnementaux tant au niveau social et politique. Je ne prendrai que 3 ou 4 exemples pour montrer qu’il faut changer de braquet. D’abord, les régions sont placées face à une crise profonde et durable. Toute voie de contournement conduira à l’impasse. Tout confirme la gravité et la profondeur de la crise et infirme les prétendus scénarios de sortie de crise ou de reprise. Rien ne servirait de faire le dos rond en attendant des jours meilleurs. Ces crises ont les mêmes racines : la dictature des marchés financiers, celle de la rentabilité financière. Avec l’objectif de réguler le système afin d’éviter d’enrayer les mécanismes. La grande majorité des choix engageant l’avenir de la planète sont effectués par une poignée d’actionnaires. Dans tous les domaines, en France comme au plan international, cette domination des forces de l’argent s’accompagne d’un rétrécissement de la démocratie et des libertés. Aujourd’hui, Sarkozy parle devant le Parlement et n’écoute même pas le débat parlementaire ! A la région, aucune aide directe ne va aux grands groupes, sauf dans le cadre des pôles de compétitivité par la voie de la R et D et au travers d’appel à projet des entreprises. J’ai instauré des conditions d’affectation des aides aux PME-PMI. En Ile de France, nous pratiquons de façon diversifiée le système des taux zéro, d’avances remboursables et de bonification de taux d’intérêt et travaillons avec OSEO avec des effets de leviers autour des 15 fois la mise de départ. Et le système bancaire, renfloué par l’Etat, continue à éviter les prises de risque, se reconstitue des fonds de réserve.

En lien avec les partenaires sociaux, les syndicats, le problème est-il le contrôle du Fonds Régional pour l’Emploi et la Formation (FREF) qui consacre 50 millions d’euros (soit tout juste 1 % du budget régional), avec une sous-représentation syndicale dans les PME où de travailler à la construction d’un vrai Fonds Régional Public regroupant les aides et exonérations d’aides, les fonds européens, le fonds paritaire pour la sécurisation des parcours professionnels, le fonds d’intervention social (FISO) et autres flux financiers qu’il conviendra de maîtriser ? « L’industrie de la finance » en Ile de France, c’est 250 000 salariés avec des syndicats des C.E, des lieux possible d’intervention…. non mobilisés. Que faire dans les régions, avec la perspective d’un pôle public national ? - Nous avançons dans les pôles de compétitivité, l’idée d’une logique de refus d’hyperspécialisation, de monoactivité, de mise en concurrence des territoires et des hommes et d’exigences de coopérations infrarégionales, interrégionales, pour mailler le territoire, jusqu’à subordonner les financements dans le cadre d’une charte de bonne conduite entre grands donneurs d’ordres et PME-PMI des filières concernées, or les salariés, les organisations syndicales sont encore en dehors des choix de décision. - Aujourd’hui, la formation est un enjeu politique majeur pour élaborer un projet personnel, professionnel, pour s’épanouir, pour s’émanciper. Cela n’a rien à voir à la notion cher au pratonat « d’employabilité » pour un usage aux stratégies des entreprises. Dans le meilleur des cas, c’est ensuite un combat entre la qualité de la formation que nous recherchons et celles et ceux qui ont compris que cela pouvait être d’abord un marché. Je travaille et à la mise en place d’un service public régional sur de niveaux critères (égalité d’accès, adaptabilité aux besoins humains…) avec en bout de transformation des outils (code des marchés, subventions, régie, mandatement )…. pour les demandeurs d’emplois. Comment bien placer au centre l’humain, y compris dans une approche plus territoriale dans des grands bassins de vie et d’emploi, avec les bénéficiaires et l’ensemble des acteurs travaillant sur ces questions. Ce qui fait vivre l’exigence, du type sécurité sociale à la libération, d’une loi nationale. - Lorsqu’au titre du Schéma Régional de Développement Economique élaboré, il y a 2 ans, j’évoquais l’idée d’un nouveau type de croissance, et la construction de nouvelles dynamiques, sociale et environnementale, il a fallu 2 ans pour présenter un plan automobile tourné résolument vers les véhicules du futur, pour une autre approche de l’emploi et une industrie à transformer inscrite dans le développement durable. N’y a-t-il pas à réfléchir sur d’autres filières comme la chimie, l’industrie phamaceutique, l’aéronautique, source de gisements d’emplois nouveaux…. et je sais que face à la crise, j’obtiens légitimement plus de réponse, y compris des syndicats pour préserver, que pour transformer. Quelle politique alors pour une industrie nouvelle, forte, diversifiée ? A ce propos, je me félicite de la plate-forme syndicale unitaire qui pose les bases d’une démocratie sociale renforcée. Mais la politique n’est pas le supplément d’âme, dans le respect de chacun, il faut y travailler dans cette perspective de continuité et de rupture, en mesurant les avancées et en affrontant les obstacles. Le mouvement social est bien porteur d’exigences nouvelles, il convient d’en apprécier la portée en ayant en tête que cela n’est pas, en soi, suffisant par faire reculer le grand capital. Dans toutes mes rencontres avec les syndicats, j’ai bien compris qu’ils attendent que les politiques prennent bien en compte leurs revendications mais ils n’attendent pas des élus de la gauche en particulier, un simple alignement ou la traduction politique de leurs objectifs. Je le dis comme communiste, ce serait procéder à un renversement de pensée où de la vision syndicat-courroie de transmission qui a prévalue longtemps, l’inverse serait maintenant la fin du fin. Certes, la démocratie sociale et économique nécessaire implique, un bond qualitatif nouveau dans les entreprises, notamment, et pas seulement. Sur les grands enjeux économiques, sociaux, environnementaux, l’appropriation citoyenne poussée jusqu’au bout, impliquant la maîtrise populaire, suppose d’investir tous les champs de la vie. A ce titre, si le besoin d’une refonte de la gauche intéresse aussi les mouvements sociaux et écologistes, c’est dans le respect du rôle de chacun et pas dans la confusion des genres que nous avancerons. La dynamique populaire devant être conditionnée par l’action des uns et des autres, indissociablement. C’est aussi cela, instituer de nouvelles pratiques démocratiques à tous les niveaux de pouvoir dont les collectivités. Pour ce faire, cela ne se réglera pas plus dans un tête à tête, pouvoir central/pouvoir régional, que dans un seul affrontement inévitable gauche/droite, ou par un dialogue raisonné entre nous et nos partenaires. C’est autre chose qu’il faut imaginer, notamment, autour des articulations démocratie élective, démocratie participative, démocratie associative et cela du bas en haut, à l’échelle de la région jusqu’à favoriser toute intervention citoyenne, du quartier à l’entreprise, par territoire. C’est seulement, à partir d’une autre appropriation citoyenne- à faire vivre comme un processus permanent- que sera perçu l’intérêt de conserver les régions à gauche comme utile, nécessaire pour peser sur le cours des choses et jusqu’à exiger des transformations profondes dans la société, en faisant la démonstration des besoins de dépasser les situations actuelles et changer l’ordre des choses.


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