Parce que le bras de fer passe aussi par ce que chaque citoyen, chaque travailleur, gréviste 
ou non, manifestant ou non, retiendra de cette journée pour repenser 
ses craintes (licenciement? chômage technique? pression sur les 
salaires? sur la protection sociale...?) et ses espoirs (de quoi 
vivre maintenant, de quoi envisager la suite de sa vie, de quoi 
donner une situation stable à ses enfants, de quoi prendre son temps, 
de quoi se construire un peu de bonheur et plus si possible, de quoi 
ressentir la solidarité pas seulement en cas de catastrophe...).
Cette journée était un test, pas seulement pour les organisations 
syndicales du monde du travail et, dans l'autre sens, pour les forces 
de la révolution conservatrice (Sarkozy et sa clique, Parisot et son 
fric, les libéraux et leurs piteuses théories), mais aussi pour 
chacun de nous. Où en sommes-nous de nos vies dans un monde dont tous 
comprennent qu'il est nécessairement en train de changer, dont tous 
se demandent: et maintenant, où va-t-on? Le premier pas c'était de 
mesurer notre force au milieu de la crise qui se développe. Nous 
l'avons fait, et nous voilà rassurés sur ce point : nous sommes des 
millions à refuser de payer leur crise, à chercher d'autres voies que 
de "moraliser", de ravaler la façade d'un capitalisme de plus en plus 
dangereux à mesure qu'il sent sa fin possible.
Mais on sentait aussi en traversant les rangs des manifestants 
d'autres préoccupations. Une colère à vif: il faut faire vite, si on 
veut arrêter le feu qui détruit les emplois, qui brise les vies. Une 
sourde crainte: que tous les efforts pour se mobiliser, nouveaux pour 
certains, rajeunissants pour d'autres,  soient sans lendemain si le 
rassemblement cette fois réussi devait se volatiliser. Une envie de 
mieux comprendre ce qui se passe, et de trouver d'autres chemins pour 
reconstruire nos vies, fonder une société, un autre monde. En 
distribuant tout au long de la manif chartraine, leurs tracts sur les 
propositions du PCF "pour sortir de la crise", les militants 
communistes n'ont certes pas rencontré que des salariés acquis à 
leurs idées, mais ils ont perçu une forte envie de s'informer, de 
juger sur pièces, et de débattre sur le fond et sur tous les terrains 
des luttes actuelles: sécuriser l'emploi, est-ce possible et comment? 
Préserver les services publics, oui mais pour leur donner quelles 
forces et quelles missions plus ambitieuses? Augmenter 
substantiellement les salaires, est-ce vraiment possible? Et si à ces 
questions on répond que ce n'est pas seulement possible mais ... 
nécessaire pour sortir de la crise, les visages changent: ainsi 
changer le monde ça commence ici et maintenant pour chacun de nous? 
C'est à la fois exaltant et intimidant.
Le mouvement social qui se développe est donc en train de mesurer 
qu'il a besoin d'un débat politique de fond. Sans concession, sans a 
priori, sans délai, les communistes sont prêts à y participer; d'ores 
et déjà ils mettent toutes leurs force dans l'amplification et 
l'approfondissement de la mobilisation.


Chartres, le 29 janvier, 21 heures

Claude Simon
contact@cocoblog28.fr
Et n’hésitez pas à donner votre avis en laissant un commentaire. Merci.