34ème Congrès du Parti communiste français : Atelier n°4 - Bases sociales pour changer la société : pour qui, avec qui ?
Par Raymond le mardi 27 mai 2008, 06:42 - reconstruire la gauche - Lien permanent
Repérer les dominations et les formes d’exploitation dans la société est indispensable pour qui veut travailler à la changer. Elles sont déterminantes dans l’évolution des comportements politiques, dans la pensée et l’action des individus. Développer des cultures communes de transformations progressistes suppose aussi de cerner toutes les dynamiques sociales pouvant être actrices du projet. >?xml:namespace prefix =" ""o" ns =" ""urn:schemas-microsoft-com:office:office" /?<
Ceci nous amène à nous interroger sur les concepts qui jusqu’ici ont présidé à notre analyse du monde et aux moyens à se donner pour le transformer. >?xml:namespace prefix =" ""o" ns =" ""urn:schemas-microsoft-com:office:office" /?<
Quel diagnostic sur la société actuelle ?
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On estime aujourd’hui que 11,4 millions de salariés – 41 % de la
population active – se trouvent « en situation d’emploi inadéquat »
au sens du BIT (1)avec près d’un tiers de la population à considérer comme
largement précarisée
Cette situation engendrée par le déferlement des politiques
ultralibérales- démontage des protections sociales, privatisations,
marchandisation, mise en concurrence de la force de travail et délocalisations,
précarisation, chômage massif- produit de nouveaux facteurs de division, avec
la dissociation accrue entre ‘salaire’ et ‘revenu’, avec un effet de
dé-solidarisation entre ceux qui peuvent vivre de leur travail et ceux qui sont
rendus dépendants d’allocation multiples en remplacement de salaire
Elle influe directement sur la vie quotidienne des individus- qu’ils ou
elles soient salariés , chômeurs, précaires....- et sur leur rapport aux
autres, leur conscience et leur citoyenneté
La mondialisation du capitalisme financiarisé étend ces rapports sociaux
à l’ensemble de la planète entrainant à la fois le développement des inégalités
entre les entre les peuples, les individus, les territoires et une mise en
concurrence des dominés.
Le monde du travail s’est profondément modifié en trente ans et avec lui
les rapports sociaux, les rapports entre individus qui le composent, la
conscience de la nécessité d’une action collective, voire le sentiment
d’appartenance à une « classe sociale ». Un nombre important de
travailleurs de la recherche en fait désormais partie. Les ouvriers sont
aujourd’hui 25,5% de la population active contre 40 % en 1969.Le tertiaire
compte 10 millions de salariés pour 4 millions à l’industrie ce qui conduit
certains chercheurs comme les Delaunay à parler de « société de
service » .La population active féminine est de12,5 millions alors qu’elle
n’était que de 6,5 dans les années soixante. « L’essentiel du
renouvellement des forces de travail en France s’est fait par les femmes »
(Margaret Maruani) avec dans le même mouvement un développement du secteur des
services et des emplois crées surtout à temps partiels ou sous
qualifiés.
Enjeu de classe, enjeu politique
Aujourd’hui,
des catégories nouvelles se mettent en lutte- caissières, salariés sans
papiers, précaires du tourisme etc…Cela nous interpelle sur le contenu et la
pratique de notre activité pour être utiles à ce « nouveau » monde du
travail en rapide précarisation, pour le prendre tel qu’il est plutôt que
considérer comme des obstacles la situation de ces travailleurs qui désormais
ne sont plus « nouveaux » ni « originaux » mais partie
constitutive du monde du travail contemporain.
Les efforts incessants de la droite et de la bourgeoisie pour
individualiser les rapports sociaux ne datent pas d’aujourd’hui. Le
« travailler plus pour gagner plus », le « tous
propriétaires », le thème du mérite personnel de Sarkozy viennent de loin
et sont renouvelés aujourd’hui , face aussi aux déceptions liées à l’échec du
social-libéralisme . Le néolibéralisme mise sur l’individualisation des
rapports sociaux - des parcours professionnels, rémunérations, grilles de
qualifications, etc - et la destruction de la conscience, de l’action
collectives en s’appuyant sur l’aspiration incontournable et grandissante à la
réalisation de soi même dans le travail.
Ce qu’on désigne comme « conscience de classe » a
considérablement reculé, en raison des mutations du salariat, de la force
idéologique du néolibéralisme, de la faiblesse à gauche de reconstruire une
large conscience de l’antagonisme de classe entre capital et travail tel qu’il
se développe aujourd’hui poussent à réfléchir une stratégie de classe
émancipatrice visant à unir progressivement les dominés, à partir d’un
positionnement clair face à l’antagonisme capital/travail tel qu’il traverse
tous les domaines de la société et la planète
De multiples dominations pèsent sur les mêmes personnes, particulièrement
les femmes, les jeunes ou les immigrés. Discriminations de genre, d’origine,
racistes et xénophobes se superposent avec les formes d’exploitation
capitaliste.
Ainsi, le vécu subjectif- individuel ou collectif- des différentes
dominations devient un élément déterminant de la réalité complexe à prendre en
compte pour l’activité politique et le développement des luttes et
solidarités.
Cette situation engendre de grandes différences et donc de grandes
contradictions à l’intérieur du salariat et de la société qui sont autant
d’enjeux de rassemblements et de luttes pour avancer et construire dans toutes
ses facettes une politique alternative.
Ce qui implique un gros travail idéologique et théorique pour agir sur
les facteurs de division – dans le processus d’exploitation et en raison de
discriminations – et pour rechercher ce qui peut au contraire favoriser des
constructions communes, des convergences et alliances nouvelles, des réponses
politiques rassembleuses.
Tendances de division et potentiels d’unité
Quant à
l’unité de la classe ouvrière entre français et immigrés qui se construisait
sur le lieu de leur exploitation, et entraînait ainsi une certaine communauté
de vie, elle se voit mise à mal aujourd’hui. L’immigration elle-même a changé
en même temps que la population française a changé avec les vagues successives
d’immigration, et la dégradation générale des rapports sociaux pèse sur ces
relations.
Les évolutions au sein de ceux qui n’ont que leur force de travail à
vendre (exclusion du travail, précarisation avec perte de lien à un lieu de
travail et avec les collègues….) plaident en faveur d’une construction de
l’unité contre la classe dominante aussi hors du travail et pour une
sécurisation de l’emploi de la formation et des revenus. Les élections
municipales nous ont montré que les résultats n’étaient pas les mêmes là où les
populations des territoires particulièrement délaissés se sentaient considérées
et représentées et là où elles s’en sentaient une fois de plus exclues. Les
nombreuses luttes ‘contre la marchandisation’ de pans supplémentaires de
l’activité humaine ouvrent de nouveaux champs de confrontation de classe.
La mondialisation est ici aussi à prendre en compte pour le changement
qu’elle induit non seulement dans la production et la distribution des
richesses mais aussi dans les rapports sociaux et humains à l’échelle de la
planète. L’action des travailleurs de Dacia en Roumanie, pour exemplaire
qu’elle soit, témoigne de la difficulté qu’il y avait jusqu’ici à intervenir
sur le fond des raisons des délocalisations pour travailler à l’unité de
l’ensemble des travailleurs et donc contre la mise en concurrence de l’ensemble
des salariés du local au mondial.
Si de nouveaux obstacles existent sur la voie de l’union des exploités,
dominés, opprimés dans leur action pour se libérer de toute forme
d’exploitation et de domination, on peut aussi considérer que de nouvelles
voies s’ouvrent pour engager de nouvelles mobilisations et recherche de
solidarités. Construire une nouvelle unité contre la classe dominante, c’est
travailler au dépassement des divisions, c’est aussi favoriser l’unité de
celles et ceux qui n’estiment pas être « dominés » ou
« exploités » là où domination s’exerce, là où la discrimination se
fait jour. C’est considérer la « double peine » pesant sur les
femmes : en l’occurrence la double domination qui pèse sur elle et que
nous voulons donc à ce titre combattre.
Quelle approche pour construire le fondement de notre politique
Faut-il
chercher ce qui peut fonder une unité de situation entre celles et ceux que le
PCF souhaite représenter ? Ou bien ne faut-il pas plutôt chercher à
construire une unité politique de celles et ceux qui vivent de profondes
différences de situation –salariés, précaires, non salariés - sans vouloir
gommer ces différences ?
Faut-il à tout prix chercher à définir les contours d’une nouvelle classe
ouvrière, d’une nouvelle « classe salariale » porteuse de changements
radicaux, ou au contraire chercher à rassembler toutes celles et tous ceux qui
ont à subir la domination de la classe capitaliste et du patriarcat
aujourd’hui ?
Nous proposerions de suivre la seconde partie de l’alternative en
cherchant à mobiliser et unir « une vaste classe de semblables
différents » ( S. Bouquin ) Car ce qui peut unir ces femmes et ces hommes,
c’est d’avoir à subir, le pouvoir de dominations conjuguées un système
économique, politique, social, une logique servant les intérêts d’une minorité
exerçant un pouvoir de classe sur l’immense majorité à l’aide de choix
politiques . D’où la nécessité impérieuse pour s’en débarrasser de travailler à
unir des femmes et des hommes, à partir de leur situation concrète sans vouloir
en gommer les différences et de lier la construction de leur unité politique à
la définition d’un projet de transformation de la société, dans lequel chaque
composante sociale trouve des réponses d’avenir et sa place dans le processus
d’action pour le changement. Ce qui suppose de construire idéologiquement et
politiquement le lien entre les raisons spécifiques de chaque mobilisation. Et
d’y travailler indissociablement à chacune des échelles où s’exercent les
pouvoirs afin de modifier le rapport de forces politiques.
(1) c’est à dire un emploi qui ne permet pas de vivre décemment, de prévoir l’avenir, de préserver ses compétences et sa santé Au 01/01/2006, on dénombre 3 089 000 entreprises, 92,75% d’entre elles n’ont aucun salarié ou de 1 à 9 salariés, 7% ont de 10 à 499 salariés. Les entreprises de plus de 500 salariés sont au nombre de 1537 et représentent 0,05% du total. Les secteurs du commerce et des services regroupent 2 410 000 entreprises, la construction 382 000, l’industrie 296 000. 29% d’actifs sont employés, 24% ouvriers, 23%intermédiaires, 15% cadres, 6% artisans, commerçants et entrepreneurs, 2,7% agriculteurs. On appelle parmi les actifs milieux populaires’ les 7 millions d’ouvriers et les 8 millions d’employés".
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Raymond Odent
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